20/08/10: Hommage d’Harold MARTIN à Georges CHATENAY

Harold Martin a rendu ce matin, au nom du Congrès de la Nouvelle-Calédonie, un hommage à Georges CHATENAY, élu à l’Assemblée territoriale sans discontinuer de 1957 à 1974 et disparu le 15 juillet dernier à l’âge de 92 ans. 

« Le 14 juillet dernier, à quelques jours de son 92ème anniversaire, Georges CHATENAY nous a quittés.

J’ai souhaité ce matin que le Congrès de la Nouvelle-Calédonie lui rende un hommage particulier et que nous évoquions la mémoire de celui que, tous ou presque dans cet hémicycle, nous connaissions et respections. 

A la fois pour l’homme attachant qu’il était, mais aussi pour son action volontaire et sensible au service de sa terre natale, la Nouvelle-Calédonie, et de tous les Calédoniens, quelles que soient leurs origines ethnique ou sociale, ou encore leurs convictions politiques.

En effet, avec Georges CHATENAY, c’était un pan entier de l’histoire récente de la Nouvelle-Calédonie qui vivait devant nos yeux à travers son parcours personnel passionnant, et à travers sa  vie publique aux multiples facettes, aux multiples engagements, professionnel, politique ou encore associatif.

Cette vie, son enfance broussarde, sa guerre, son métier d’avocat, ses mandats électifs, sa vision de la Nouvelle-Calédonie passée et future, Georges CHATENAY les a lui-même longuement évoqués dans son récit autobiographique paru en 1998 sous le titre « Itinéraire d’un Enfant de Thio, ou Le Défi Calédonien » ;

un ouvrage dont la lecture fait ressurgir la Calédonie du temps où l’on voyageait à cheval, où l’on franchissait la Tontouta sur un bac, la Calédonie de nos pères, celle dont nous sommes issus et qui a façonné la Calédonie d’aujourd’hui.

Dans ces pages, Georges CHATENAY revient sur son engagement militaire, au moment même où éclate la Seconde Guerre mondiale, son évasion, son choix du combat du côté de DE GAULLE et de la France qui résiste, ses études de droit effectuées dans la clandestinité à Montpellier puis à Grenoble dans des conditions matérielles difficiles et, pour finir, son retour au pays, jeune avocat, en 1947.

Nous nous en souvenons, Georges CHATENAY a plaidé de nombreuses années au barreau de Nouméa, 44 ans précisément, un barreau dont il a été bâtonnier en 1972, et dont il a écrit certaines des plus belles pages. 

Il s’est occupé de sport, a exercé de nombreuses responsabilités associatives, toujours avec un grand humanisme, des valeurs enracinées et un sens du contact qui en faisait l’ami de tous.

Mais celui que nous voulons avoir plus particulièrement à l’esprit ce matin dans cette enceinte, c’est l’homme politique, élu Conseiller municipal de Nouméa en 1953, 2ème adjoint de Roger LAROQUE, avant de s’engager au niveau territorial, à partir de 1957 et jusqu’à 1974.

Fondateur des Républicains Sociaux qui deviendra l’UNR-NC, représentant local du parti gaulliste à la demande de Roger FREY et de Jacques CHABAN-DELMAS, Georges CHATENAY a siégé 17 ans à l’Assemblée Territoriale, devenue aujourd’hui le Congrès de la Nouvelle-Calédonie ;

six mandats au cours desquels il a développé et mis en œuvre une politique qu’il a décrit lui-même comme « une action éclairée par un idéal et s’exprimant dans le domaine des réalités », « une politique fondée, toujours selon ses propres mots, sur 3 grands principes de base : la dignité humaine, l’égalité des chances et la recherche de la paix, à partir desquels il convient de bâtir un projet de société ».

A partir de cette compréhension profonde, je le cite encore, que « le premier devoir des forces politiques calédoniennes doit être la conquête de l’unité du peuple calédonien à travers ses composantes de tous âges, de toutes origines et de toutes conditions », il aura inlassablement milité pour l’industrialisation de la Nouvelle-Calédonie, avec une vision qui s’est réalisée en 1988 et en 1998 en faveur du nécessaire « rééquilibrage » du territoire.

Précurseur, d’une grande lucidité et d’une remarquable finesse d’analyse, Georges CHATENAY défendait en effet le projet de l’usine du Nord en 1967 déjà, allant même jusqu’à la réclamer directement à Georges POMPIDOU, en vain, nous le savons.

Resté attentif au développement économique de la Nouvelle-Calédonie jusqu’à ses derniers jours, il aurait souhaité, avait-il confié récemment, « avoir le temps de voir les deux usines du Sud et du Nord en fonction, et la formidable explosion économique qui va s’ensuivre ».

Beaucoup de notre ami Georges CHATENAY est dans ces paroles : son amour viscéral pour cette terre, pour les hommes et les femmes qui y vivent, un amour et un attachement exprimés dès les premières lignes de son récit  où il déclare : «  la Nouvelle-Calédonie, rien de ce qui lui arrive ne m’est insensible et ma passion pour elle ne s’éteindra qu’avec mon dernier souffle ».

Homme de dialogue, de consensus, de fidélité, d’amitiés profondes comme celle qui le liait au Grand Chef Henri HNAISSELINE de Maré, homme de convictions, homme d’action, Georges CHATENAY demeurera pour nous, je le crois, un repère dans l’exercice de nos missions publiques. »

 

Harold MARTIN

Retour aux actualités