02/03/11: Edition : 125 ans d’histoire à travers les PV du Congrès

Harold Martin, président du Congrès, et Jean-Claude Viale, secrétaire général, ont présenté à la presse, mardi 2 mars, un ouvrage de 300 pages intitulé « 1885-2010 : du Conseil général au Congrès de la Nouvelle-Calédonie ». Un livre rédigé par Isabelle Peltier qui retrace 125 ans d’histoire à travers les PV originaux et inédits des séances de l’assemblée délibérante de la Calédonie. « Un ouvrage de référence, sans censure, ni parti pris », selon le commentaire des Nouvelles Calédoniennes. Voici des extraits de la conférence de presse du président de l’institution.

« Au départ, il y a un triple constat. D’abord, le Congrès dispose d’un fond d’archives considérable et méconnu : l’ensemble des PV, les procès verbaux, des séances du Conseil Général, de l’Assemblée territoriale, du Congrès du territoire et bien sûr de l’actuel Congrès de la Nouvelle-Calédonie.
Ensuite, en parfait état de conservation, ce fond documentaire est une richesse pour les universitaires et les chercheurs puisque, de la moindre discussion entre élus jusqu’aux discours des personnages les plus illustres – présidents, ministres, qui se sont exprimés devant ces assemblées, tout a été conservé depuis 1885. Conservé mais jamais vulgarisé. Ce patrimoine n’a jamais été rendu aux Calédoniens.
Enfin, il n’existe à ce jour aucun livre de référence qui retrace l’histoire calédonienne à travers les avis, les débats et les décisions de son assemblée élue. Aucun ouvrage n’est allé chercher l’histoire, notre histoire, à sa source institutionnelle.
Le projet :
J’ai voulu un ouvrage simple didactique et parfaitement accessible au grand public, à ceux qui connaissent l’histoire de la Nouvelle-Calédonie comme à ceux qui la découvrent.
C’est pourquoi, j’ai chargé il y a un peu plus d’un an Isabelle Peltier, qui est journaliste et que vous connaissez bien, d’explorer le fond d’archives du Congrès et de compiler les PV les plus intéressants, les plus représentatifs des débats de l’assemblée, depuis 1885 jusqu’à l’année dernière, soit quand même… 125 d’histoire politique.
La méthodologie :
Isabelle Peltier a passé au crible les années du Conseil général, de l’Assemblée territoriale et du Congrès, après que nous ayons retenu ensemble les thèmes qui nous semblaient les plus importants. Les PV sélectionnés ont été scannés pour être incorporés au livre. Bien évidemment, les textes ont dû ensuite être raccourcis, mais il s’agit, et j’insiste sur ce point, des PV originaux.
La même méthode a été appliquée pour l’Assemblée territoriale, puis pour le Congrès. L’ensemble a été organisé de manière chronologique, complété par des éclairages institutionnels et historiques, et des coupures de presse de l’époque.
Les révélations du livre :
Ce qui étonne d’emblée, quand on parcourt les PV du Conseil général des années 1880, c’est la modernité de certains propos, et aussi leur actualité.
Partagée par tous les élus depuis 1885, la revendication d’autonomie précède et de loin celle d’indépendance. Depuis toujours, les membres de cette assemblée ont compris et ressenti que l’éloignement de la Calédonie lui conférait un statut à part, et lutté pour la prise en compte de ce statut.
Au fil des années et jusqu’à aujourd’hui, les élus des assemblées délibérantes ont aussi tenté de juguler des phénomènes divers, comme la lutte contre la vie chère et l’inflation importée (avec notamment la réglementation du prix du pain ou de la viande) ; la lutte contre les espèces envahissantes ; la résorption des problèmes de logement…
Dans ce livre, on apprend par exemple que la proposition de taxe nickel a plus de 120 ans ; que les débats sur le tourisme avec les mêmes problématiques d’éloignement, de coût et aussi de certaines insuffisances, datent des années 1950.
Au fil des pages, on assiste à la naissance de la démocratie locale avec la création du Conseil général, mais aussi à l’explosion de la vie politique après la deuxième guerre mondiale, avec l’élection d’un député et d’un sénateur en 1945 et 1947, puis la création de l’Union calédonienne et des autres partis politiques. On observe la valse des statuts, avant de devenir le spectateur attentif du glissement de la notion de « plus d’autonomie », vers la revendication de l’indépendance par certains.
On voit revivre certains hommes politiques encore trop peu connus, comme Jean-Baptiste Dézarnaulds, le premier président de notre assemblée, Florindo Paladini, le tribun communiste ; Henri Bonneaud, ou, plus proche de nous, Auguste Parawi-Reybas.
On retrouve certains concepts, comme celui de la « petite nation dans la grande » qui a fait couler beaucoup d’encre il y a peu de temps, empruntée en fait à Maurice Lenormand. Maurice Lenormand, qui fit en octobre 1957 un discours mémorable lors de l’élection du Conseil de gouvernement, demandant que chacun « fasse, je cite, de la terre calédonienne une petite patrie dans la France ». En 1962, c’est Rock Pidjot qui reprit à son compte l’expression et appela de ses vœux « le développement de la petite patrie calédonienne ».
Dans ce livre, on découvre encore des curiosités, comme ces projets abandonnés ou oubliés : la culture de la vigne, reconnue comme étant « rémunératrice » en 1890 ; les projets de thalassothérapie à Prony, toujours à la fin du XIXème siècle ; ou encore la plantation d’arbres à quinquina, évoquée en 1936.
A partir de 1988 les provinces prennent le relais de l’expression démocratique, les débats du Congrès deviennent moins passionnels, plus apaisés.
Au travers de ce livre, on prend le pouls de la vie publique calédonienne. On prend aussi la mesure du chemin institutionnel, immense, parcouru en 125 ans. Les deux dernières décennies ont été si riches et denses, qu’on a peut-être tendance, sans le vouloir, à minimiser l’importance du siècle politique écoulé : un tort aujourd’hui en partie réparé.
Car le passé a tendance à s’effacer : peu de gens, on a pu s’en rendre compte au travers de la réalisation de ce livre, sont encore capables de mettre des noms sur tous ces visages.
Il était temps de fixer ces noms.
C’est aussi, en tout cas je le souhaite, un bien pour les générations futures.
Pour conclure :
Nous avons souhaité réaliser dans ce livre les portraits des élus les plus éminents, parfois les plus atypiques, ou encore les plus représentatifs, de cette assemblée. Malheureusement, il a fallu nous limiter et respecter une pagination raisonnable : 300 pages tout de même !
C’est pourquoi, mes excuses vont aux familles, qui pourraient chercher le nom d’un des leurs dans ces pages et ne pas le trouver… La richesse des archives du Congrès est telle (plus de 300 volumes recensés !) que d’autres livres viendront, d’autres auteurs se pencheront, j’en suis sûr, sur les PV de notre assemblée.
Je voudrais encore remercier pour leur concours, et notamment l’illustration photographique, les archives de la Nouvelle-Calédonie ainsi que Les Nouvelles Calédoniennes. Mes remerciements vont également aux familles des anciens élus, qui nous ont permis de compulser leurs archives photographiques et personnelles. »
Harold Martin
2 mars 2011

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