Visite du 1er ministre

Jean-Marc Ayrault aura donc passé trois jours en Nouvelle-Calédonie. Une visite marquée par son discours au congrès.

C’est aux élus du congrès, réunis sous la présidence de Gérard Poadja, que le chef du gouvernement a réservé un discours politique qu’il a prononcé de son séjour. On en retient que l’État maintient sa confiance dans le processus en cours et qu’il n’en déviera pas, notamment pour ce qui a trait au referendum de sortie de l’accord de Nouméa. Ce sera le référendum prévu par l’accord, à moins que les Calédoniens se mettent d’accord sur une solution d’avenir. Une réforme de la constitution sera alors nécessaire, mais l’État y apportera son concours. De cette visite devant la représentation calédonienne, on retient également le discours de Gérard Poadja, dont nous reproduisons ici le texte dans son intégralité.

Bienvenue chez nous, bienvenue au congrès de la Nouvelle-Calédonie.

Chez nous, l’hospitalité est une valeur fondamentale.
Nous accueillons toujours le visiteur avec un geste de fraternité.

C’est pourquoi je vous accueille ici, Monsieur le premier Ministre, au sein de la 1ère assemblée du pays en vous remettant deux présents :

Une monnaie kanak que nous appelons Andi dans ma langue le Païci et qui est « l’expression d’une part de notre civilisation qui a ses traditions, ses langues, sa coutume »

Et un fouet de broussard, que tous les Calédoniens connaissent bien.

Tous deux sont des objets tressés, à l’image des fils du dialogue que nous avons renoués depuis 25 ans avec l’aide de l’État, à l’image du partage et du rééquilibrage que nous tissons chaque jour entre les différentes communautés du pays, à l’image de la solidarité que nous tressons entre les générations.

Ces deux objets, monsieur le Premier Ministre, ont un langage.
Ils ont une voix.
Ils ont une âme.

La monnaie kanak, nous l’utilisons lors des moments importants – et votre venue en est un – ainsi qu’à l’occasion des grandes cérémonies coutumières.

Cette monnaie, c’est à la fois la case et le lien entre les clans, entre les communautés.

C’est pourquoi ce qui a été tressé par cette monnaie ne peut être défait.

Le fouet lui, représente la Calédonie qui travaille la terre, depuis des générations. Cette Calédonie qui a « participé dans des conditions souvent difficiles à la mise en valeur du pays », pour reprendre les termes de l’accord de Nouméa.

La monnaie Kanak et le fouet du broussard, monsieur le Premier Ministre, c’est aussi le souvenir des vieux qui ont construit notre pays,

La monnaie kanak et le fouet du broussard se conjuguent dans ma mémoire au travers du souvenir de mon père Auguste, grand-chef du district de Poindah, sellier et éleveur de son état, qui participait avec ses amis européens, éleveurs comme lui, à ces grandes conduites de troupeaux menant le bétail du Nord, jusqu’aux portes de Nouméa, pour nourrir la ville.

Ce sont des objets précieux et utiles.
Des objets anciens et contemporains.
Des objets longuement ouvragés, à l’image de cette Calédonie au travail, discrète et courageuse.
À l’image aussi de cette Calédonie du Nord que je suis fier de représenter ici, à la présidence de notre institution.

Ces objets nous parlent Monsieur le Premier Ministre, parce que dans leur modestie, leur force et leur signification, ils sont le reflet de ce que nous sommes, de ce qu’est notre pays, notre histoire.

Une histoire que nous avons la responsabilité de continuer à écrire, sans nous détourner du sillon tracé il y a 25 ans, par Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou.

Le chemin n’est guère facile. Mais malgré les embûches, il est de notre devoir d’ouvrir un nouvel horizon pour notre pays.

Et votre visite s’inscrit sur cette route, qui nous conduira à aborder l’ultime étape de l’accord de Nouméa, dans quelques mois. Nous nous y préparons, pour permettre à la Nouvelle-Calédonie de franchir cette échéance, et de poursuivre sa construction dans la paix.

La paix est notre bien le plus précieux.
Nous en jouissons chaque jour depuis 25 ans, grâce aux accords politiques que nous avons signés sous l’égide de vos prédécesseurs, Michel Rocard et Lionel Jospin, que vous aviez d’ailleurs vous-même accompagné ici pour la circonstance.

Et je ne doute pas monsieur le Premier Ministre que, l’État continuera d’être à nos côtés un partenaire des Accords, impartial et attentif, au moment où les partisans de l’indépendance et les tenants de la Calédonie dans la République – dont je suis – doivent esquisser ensemble les contours d’un pays après l’accord.

Puissent ces modestes présents vous permettent de toucher du doigt cette réalité calédonienne tannée par les épreuves, mais nourrie par une foi indestructible dans un avenir commun entre toutes les communautés du pays.

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