Le Président au siège des Nations Unies (10-10-2013)

Le Président Roch Wamytan vient de faire une déclaration au siège de l’Organisation des Nations Unies, à New York, à l’occasion de la réunion de la 4ème commission de l’Assemblée Générale sur les politiques spéciales et la décolonisation.

Le Président à fait état de la situation actuelle sur la révision de la liste électorale spéciale pour les élections provinciales de 2014. A ce jour, plus de 3000 personnes nées hors de la Nouvelle-Calédonie seraient inscrites sur la liste électorale spéciale alors qu.elles ne rempliraient pas les critères pour être citoyen. Parallèlement environ 2000 Kanak figurent toujours sur le tableau annexe des personnes non admises à voter en 2014. Il a souligné que cette situation pose la question de la transparence du processus de révision des listes par les commissions de contrôle administratif présidées par des magistrats français. Si une telle situation n’étaient pas rétablie, le problème de la sincérité des résultats du scrutin de mai 2014 serait posé. A terme elle porterait atteinte au principe de la majorité qualifiée des 3/5 ieme des élus du Congrès, majorité nécessaire au déclenchement de la consultation référendaire telle que prévue par l’accord de Nouméa. Afin de remédier à ces anomalies constatées, le président Wamytan a sollicité une mission d’observation de l’ONU en Nouvelle Calédonie avant les élections de mai 2014.

Voici le lien pour revoir les discours à l’ONU (début à 34:00) en anglais :
http://webtv.un.org/meetings-events/general-assembly/main-committees/4th-committee/watch/fourth-committee-5th-meeting-68th-general-assembly/2734882828001

Ou sur : http://youtu.be/zA0OHOUFPBc

Voici également sa déclaration :

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les membres de la Quatrième Commission,

Permettez-moi tout d’abord de vous féliciter Mr le président (Carlos Garcia Gonzales) pour votre élection à la présidence de cette 4ième commission. Je voudrai aussi vous remercier de l’occasion qui m’est donnée de m’exprimer en tant que président du congrès de la Nouvelle Calédonie (notre assemblée législative) et signataire FLNKS de l’Accord de Nouméa.

 Le 24 septembre 2013, la Nouvelle Calédonie commémorait le 160ième anniversaire de la prise de possession du pays kanak par la France. 160 ans d’histoire, 160 ans de lutte pour tenter de sortir d’un système qui a marginalisé et rendu minoritaire le peuple kanak dans son propre pays. Grâce au combat mené par le FLNKS (mouvement de libération) et à votre soutien, la  Nouvelle Calédonie a été réinscrite sur la liste des pays à décoloniser de l’ONU en 1986, de même que les accords de Matignon-Oudinot de 1988 puis celui de Nouméa en 1998 ont été signés.

 Ces accords sont des avancées importantes sur la voie de l’émancipation et de la décolonisation. Mais du chemin reste à parcourir face à un Etat qui s’est donné comme principe pour ses territoires d’outre-mer : la ligne rouge de l’indépendance interdite. Et ce, au nom de sa place dans le monde, ses intérêts supérieurs et sa position au 2ième rang de puissance maritime au monde grâce à nous habitants de ces territoires. Il est clair que les stratégies initiées par la France sur certaines de ses compétences s’analysent sous ce prisme. Il en est ainsi pour les alternatives proposées pour la sortie de l’Accord de Nouméa à partir de 2014. Elles sont en fait des remake du genre « union française, communauté ou coopération » plus connue sous le concept de Françafrique, genre de partenariat dont le point commun est de laisser les pouvoirs régaliens à l’ancienne puissance coloniale. Les conclusions du colloque sur les 25 ans des Accords de Matignon qui vient de se tenir à Paris les 8 et 9 octobre le confirme une fois de plus : pas de solution hors de la France. Ce genre d’alternative n’est pas recevable pour nous. Et ce d’autant plus que l’avenir de la Nouvelle Calédonie, pays mélanésien, est à construire dans son réseau de relations avec le Groupe du Fer de Lance Mélanésien et le Forum des Iles du Pacifique.

 Ligne rouge de l’indépendance interdite qui se décline de même autour de la problématique de l’établissement des listes de citoyens devant prendre part aux votes pour les élections de mai 2014. Ces élections, les dernières avant la sortie du processus de l’Accord de Nouméa, doivent non seulement renouveler les assemblées de province, le congrès et le gouvernement de la Nouvelle Calédonie mais aussi ouvrir la possibilité d’une première consultation référendaire dès 2014 si les 3/5ième du congrès issus de ces élections le décident.

 En effet, suite à la dernière réunion officielle des révisions des listes électorales spéciales présidées par des magistrats français en avril 2015, un travail de contrôle a été effectué par le FLNKS sur ces listes. Et grande a été notre préoccupation car, selon ces résultats, non encore définitifs, plus de 3000 personnes nées hors de la Nouvelle Calédonie ont été admises à voter alors qu’elles ne rempliraient pas les critères. Ce droit de vote ayant été restreint aux seules personnes inscrites sur les listes générales au moment du référendum de ratification de l’accord de Nouméa en novembre 1998, ainsi qu’à leurs descendants. Parallèlement, plus de 1 900 Kanak remplissant les critères ont été exclus du vote et se trouvent être placés sur le tableau annexe des non admis à voter à ces élections.

Comment peut-on regarder l’avenir avec sérénité si de nombreux Kanak ne peuvent pas exercer leur droit de vote, tandis que d’autres le feront à leur place ? Quel serait la sincérité des résultats du vote de mai 2014 ou du référendum, avec de telles anomalies constatées ?

 Il est ainsi indispensable que la France respecte sa Parole donnée et que les listes soient établies en toute transparence et équité afin d’éviter les risques de fraude électorale. L’Etat ne peut pas se cantonner dans une attitude de neutralité et d’équidistance permanente, son rôle d’acteur majeur de la décolonisation doit jouer au niveau de l’établissement des listes électorales, en toute transparence et en toute équité.

Enfin dans son rôle de garant du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, il est important qu’une mission de l’ONU puisse se réaliser en Nouvelle Calédonie avant les élections de mai 2014. De même qu’il conviendra qu’une mission d’observation des élections soit diligentée en Nouvelle Calédonie. Enfin j’apporte tout mon soutien à la demande du Vanuatu d’accueillir l’an prochain le séminaire régional du Comité Spécial de Décolonisation.

Je vous remercie.

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