Conférence de presse (24-10-2013)

Le Président Wamytan s’est exprimé lors d’une conférence de presse qui a eu lieu ce jour à 15h00. Il a fait un retour sur son déplacement à New York et à Paris de ces derniers jours. Voici son discours à la presse :

Bonjour à tous et merci d’avoir répondu à mon invitation pour cette conférence de presse. J’ai souhaité donné ces informations en tant que président du congrès mais aussi en tant que signataire FLNKS de l’accord de Nouméa après les diverses manifestations et évènements de ces dernières semaines. Je veux parler des colloques et tables rondes à Paris (MNC, Musée du quai Branly, Sénat), de la réunion du CDS et du comité technique, de la réunion de la 4ième commission de l’ONU à New York, de l’inauguration de l’exposition des arts kanak (l’art est une parole) et des différentes rencontres dans les ministères parisiens.

Ces évènements importants se sont passés à Paris et je comprends qu’une partie de l’opinion publique calédonienne se soit émue du cout important pour les finances du pays du déplacement des délégations politiques et coutumières. Surtout en ce moment où la vie et les inégalités constituent une préoccupation majeure en NC. On ne peut que le regretter car depuis longtemps nous avons proposé au gouvernement français d’organiser les réunions du comité des signataires à Nouméa, cela se justifie amplement car c’est bien à Nouméa et non à Paris que l’accord a été signé. Nous avons aussi attiré l’attention du gouvernement sur le chevauchement des réunions à Paris et l’ONU dans la même semaine. Or nous n’avons pas été entendus par le gouvernement central. On est invités à ces manifestations mais ce sont nos institutions qui en assurent le financement. D’où le cout important utilisé par certains partis politiques comme fonds de commerce à l’aube de la campagne électorale pour les provinciales du 04 mai 2014.

Nous avons parfois l’impression d’être « convoqués » à Paris à notre charge exclusive,  afin de recevoir des leçons de gouvernance au cours desquelles, il nous est donnée la direction à suivre pour assurer la paix. C’est bien ce sentiment qui nous reste après avoir entendu tout au long de notre séjour quelle est la meilleure solution pour la Nouvelle Calédonie : une solution consensuelle dans la France comme seule porte de salut dans un monde en pleine ébullition. Chacun y est allé de son couplet, à commencer par les principaux acteurs des accords de Matignon dont Michel ROCARD. Il est évident qu’en ce qui concerne le FLNKS c’est le principe de réalité géographique qui prime la NC, n’en déplaise à certains est située à 18.000KM de la France, elle n’est pas située en Europe mais en Océanie. Et son avenir ne peut se concevoir que dans cet ensemble mélanésien et océanien qui se construit peu à peu car c’est bien dans notre région Asie Pacifique que se situe désormais le centre de la croissance mondiale comme le rappelle souvent le président OBAMA. Affirmer sans cesse que notre avenir est dans l’Europe c’est faire preuve d’un anachronisme entêté avec un relent évident de néocolonialisme.

Ce message j’ai eu l’occasion de le passer au cours de mon séjour parisien et new-yorkais. C’est à nous citoyens de Nouvelle-Calédonie de prendre notre destin en main, accompagné par la France mais non dicté par les seules intérêts de notre puissance administrant.

On vous donnera un bref résumé de mes rencontres à l’ONU et à Paris tout à l’heure, mais je vais rapidement balayer les points qui me semblent importants.

Mission NEW YORK-ONU :

Je me suis rendu à New York à l’occasion de la réunion de la 4ème commission de l’Assemblée générale des Nations Unies sur les politiques spéciales et la décolonisation.

Le but de la mission onusienne répondait à deux objectifs :

– Informer la 4ème commission des conditions de l’application de l’Accord de Nouméa, des difficultés rencontrées dans ce cadre et notamment de la question préoccupante du corps électoral.

– Rencontrer les pays membres du comité des 24 et des pays du GFLM et du Forum du Pacifique.

 J’ai ainsi délivré mon discours le mercredi 9 octobre à 15 h 00 lors de la deuxième séance de la session qui abordait la question de la Nouvelle-Calédonie. 

 Dans ma déclaration, j’ai souhaité alerté la 4ème commission sur la question de la révision de la liste spéciale. En effet, à la veille des élections provinciales de 2014, c’est un corps électoral faussé qui va définir la future composition du congrès de la Nouvelle-Calédonie.

 Les chiffres parlent d’eux-mêmes et selon des résultats non encore définitifs, ce sont plus de 3000 personnes nées hors de la Nouvelle-Calédonie et avant le 31 octobre 1980, qui ont été placés indûment sur la liste spéciale. Dans le même temps, plus de 2000 jeunes kanaks se trouvent mis sur le tableau annexe des non admis à voter.

 J’ai donc sollicité de l’ONU l’envoi d’une mission d’observation du processus électoral en Nouvelle-Calédonie.

 En marge de la pétition, la délégation a eu l’occasion de rencontrer les représentants permanents des ambassades des pays du groupe du fer de lance mélanésien, Vanuatu, Fidji, Iles Salomons, Papouasie-Nouvelle-Guinée, la mission permanente des Comores, la mission permanente de Palau, de Nauru, le président du groupe UPLD et ancien président de la Polynésie française, M. Oscar Manutahi TEMARU.

 Ont été évoqués lors de ces réunions la question de la liste électorale avec l’envoi d’une mission onusienne d’observation, le dernier forum du pacifique avec la question de l’intégration de la Nouvelle-Calédonie comme membre à part entière du forum et les liens de coopération avec chaque pays.

 Par ailleurs, trois réunions de travail se sont tenues avec l’Unité de décolonisation des nations unies avec la responsable et son équipe et le président de la 4ème commission.

 Suite à l’ensemble de ces rencontres avec les ambassades, les représentants de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, des îles Salomons et de Palau ont effectués des déclarations devant la 4ème commission, pour soutenir officiellement nos demandes.

 MISSION PARIS :

 1.      XI ème Comité des signataires du 11 octobre :

 Désigné par l’ensemble des représentants indépendantistes pour mener leur délégation, j’ai effectué une déclaration dans laquelle j’ai tenu à alerter les hautes autorités de l’Etat sur la question de la révision de la liste électorale spéciale.

 D’ailleurs sur cette question, M. Jean-Jacques BROT, Haut-commissaire en Nouvelle-Calédonie a confirmé sa volonté de transparence dans la résolution de ce problème, je le cite : « La transparence est de droit ».

 Lors du comité des signataires, j’ai souhaité porter mon intervention sur des thèmes particuliers :

 ▪ Sur le sujet du transfert du droit civil et la problématique du « conflit des normes »,  j’ai souhaité attirer l’attention de l’Etat de façon à ce que la Nouvelle-Calédonie soit associée à toutes les structures de réflexion mises en place au niveau de la chancellerie ou du ministère des Outremers pour régler cette question.

 ▪ Sur le volet de la formation, j’ai évidemment soutenu la proposition de l’Université de Nouvelle Calédonie qui souhaite mettre en place un IUT.

 ▪ Sur la question de l’avenir institutionnel, les alternatives proposées, y compris par le rapport des deux experts mandatés par l’ancien Premier ministre, ne sont pas recevables pour nous. Ces alternatives sont des remakes de l’Union française, de la Communauté française ou des accords de coopération plus connus sous le concept de Françafrique. Ce genre de partenariats a comme point commun de laisser les pouvoirs régaliens à l’ancienne puissance administrante. Or, pour nous, l’avenir de la Nouvelle-Calédonie, pays mélanésien et océanien, est à construire dans son réseau de relations avec le Groupe du Fer de Lance Mélanésien et le Forum des Îles du Pacifique.  

 ▪ Concernant la mise en place d’un dispositif de type « bouclier qualité prix » bancaires. J’ai noté avec satisfaction l’engagement de l’Etat sur ce sujet. En effet, il s’agit d’une mesure qui avait été demandée dans le cadre des accords économiques et sociaux signés le 12 juin 2012 et qui est également inscrit dans le protocole de fin de conflit « vie chère » du 27 mai 2013.

 ▪ Sur les transferts de l’article 27, je me félicite que l’Etat ait décidé d’ouvrir la discussion technique préalable sur les transferts de ces domaines de compétences, qui pour nous ne sont pas optionnels. Une méthodologie a été arrêtée, photographie de l’existant, définition du périmètre juridique, budgétaire, humain et matériel de l’activité transférable et détermination du coût de la compétence.  Il reviendra au Haut-Commissaire le soin d’animer un groupe de travail sur l’état d’avancement des travaux.

2.      Comité technique du 12 octobre :

 J’ai souhaité défendre la nécessité de mettre en place des dispositifs de facilitation d’accès pour les jeunes calédoniens aux carrières de la magistrature.

Une convention devrait être prise entre le gouvernement de Nouvelle-Calédonie et la faculté de droit de bordeaux, qui possède une section de préparation aux concours d’entrée de l’école nationale de la magistrature (ENM).

 La question des études de médecine a également été abordée. Nous avons regretté que le groupe de travail sur les conditions de recrutement des étudiants d’origine océanienne acté au comité des signataires de décembre 2012, n’ait pas été mis en place.

 C’est malheureusement le même leitmotiv que je défends depuis 15 ans : la mise en place de dispositifs favorisant l’accès de nos jeunes à la formation de grands corps, à l’instar de ce qui a été mis en place pour l’accès à sciences Po, selon l’esprit du point 4 1.1 de l’accord de Nouméa : «  les formations devront,….mieux prendre en compte les réalités locales, l’environnement régional et les impératifs du rééquilibrage ».

 J’ai également abordé la question de l’équivalence des diplômes de la région, notamment des universités d’Australie et de Nouvelle-Zélande. Afin de faciliter la mobilité des étudiants, j’ai également plaidé pour la mise en place d’un système équivalent au programme Erasmus dans les universités de la région, Fidji, Papouasie-Nouvelle-Guinée. 

 Le périmètre de la compétence de la Nouvelle-Calédonie pour les relations internationales. Nous avons entamé des discussions sur l’évolution de la marge de manœuvre du pays à côté de l’Etat pour développer ses relations avec les pays de la région.

 Le fonctionnement de la Banque publique d’investissement (BPI) a été longuement exposé. Pour aider les investissements, le champ d’application a été étendu d’office à la Nouvelle-Calédonie.

Deux étapes sont prévues, tout d’abord une expertise qui permettra d’adapter au mieux les gammes de produits au pays à partir d’une estimation des besoins. Ensuite les objectifs opérationnels seront fixés fin 2014. Une mission devrait se tenir en décembre 2013.

 La question de la défiscalisation a été abordée. Pour le moment, le maintien du dispositif est confirmé.

3.      Rencontres :

 En marge du comité des signataires, j’ai également eu un entretien avec M. Jacques Wadrawane de la direction générale des outremers. Nous avons évoqués ensemble plusieurs sujets : le conflit des normes pour ce qui concerne le transfert du droit civil, la possibilité pour l’IFAP de passer des conventions avec l’ENA Montréal pour la formation des fonctionnaires locaux. Nous avons également abordés la question des policiers calédoniens. Avec l’aide de leur association, la liste des policiers calédoniens en poste en métropole a été établie. Il s’avère qu’environ 50 personnes souhaitent revenir au pays, cependant les postes d’accueil en Nouvelle-Calédonie sont limités.

 Je me suis entretenu avec le directeur de cabinet du Ministère intérieur, pour évoquer la question de « l’emploi et le rééquilibrage des personnels de la police, de la gendarmerie, de la sécurité civile. Par ailleurs, j’ai également demandé la possibilité de permettre aux citoyens calédoniens de pouvoir bénéficier dans leurs évolutions de carrières d’une mobilité permettant un retour facilité en Nouvelle-Calédonie. Nous avons également évoqué l’élargissement du périmètre d’intervention de la police nationale.

 J’ai rencontré les deux professeurs de sciences Po Paris qui sont venus en mission en 2012, Mme Marie-Anne FRISON ROCHE pour le transfert de droit civil et M. Etienne WASMER pour les questions d’économie et de fiscalité. Avec M. WASMER, il s’agissait d’approfondir certains thèmes du rapport, la problématique de l’indexation, la modernisation de l’économie, les fonds souverains.

Avec Mme FRISON ROCHE, nous avons évoqué la question de l’écriture de notre propre droit civil dans le cadre du destin commun. Je l’ai sollicité à nouveau pour qu’elle nous aide à définir les valeurs communes qui vont fonder le droit civil calédonien.

 Avec le conseiller pour les affaires réservées du Ministère de la justice, nous avons évoqués les travaux de rénovation du « camps est » et la construction du centre de peine aménagées à Koné. La question du rééquilibrage au sein du personnel pénitentiaire a également été abordée. J’ai encore une fois défendu le recrutement privilégié des agents océaniens notamment pour les surveillants et prôné l’extension au pays des dispositions d’ouverture des classes de préparation intégrée.

 Entretien avec le Docteur CHENAIS, responsable du dispositif PACES, préparation de la première année de médecine, qui m’a informé que la situation n’a pas beaucoup évoluée. Sur 100 étudiants dans le circuit, il n’y a que 10 océaniens.

Alors que pour remédier à cette situation es solutions sont identifiées, soit, la mise en place d’une année préparatoire, la promotion de cette préparation dans les lycées et la fixation de quotas pour l’accès au concours, sans négliger les stages en internat au pays et les conditions de retour des médecins calédoniens.

 J’ai également participé au colloque « Destins d’outre-mer et d’Océanie 1914-2018 organisé par le professeur FABERON et la maison de la Mélanésie ainsi qu’à la table ronde organisée au musée du Quai Branly, sur le thème « La Nouvelle-Calédonie, l’émancipation et ses enjeux ».

 Inauguration de l’exposition « Kanak, L’Art est une parole » présentée au quai Branly du 15 octobre 2013 au 26 janvier 2014.

 C’est avec beaucoup d’émotion qu’avec les grands chefs des 8 aires coutumières, les représentants des institutions du territoire, nous avons « attaché » l’exposition à sa terre d’origine, et aux gens du pays par une cérémonie coutumière.

 Je tiens à féliciter le travail remarquable  effectué par  le Musée de la Nouvelle-Calédonie, la Maison de la Nouvelle-Calédonie et le Musée du Quai Branly, qui ont permis que cette exposition voit le jour. Un grand bravo pour cette mise en lumière, particulièrement réussie, de notre culture.

 Je vous remercie de votre attention.

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