Ce qui se passe lorsque l’Indonésie interdit l’exportation du minerai de nickel

Dans la nuit du 11 au 12 janvier dernier, le Président Indonésien M. Yudhogono a signé une « règlementation gouvernementale » (décret) portant application de la loi Indonésienne de 2009 qui prévoit l’interdiction de toute exportation d’Indonésie de minerais non-transformés.

Après de longues négociations entre le Parlement et le gouvernement, ce texte règlementaire a finalement été adopté. Voici ce qu’il ressort des principales dispositions de ce texte :

–          Premièrement, il énonce une obligation de raffinage total préalablement à toute exportation de nickel, de bauxite, d’étain, de chrome, d’or et d’argent.

–           Deuxièmement, il institue une dérogation autorisant l’exportation des minerais de cuivre, de fer, de plomb, de manganèse et de zinc. Il est simplement exigé qu’ils soient préalablement à leur exportation purifiés ou partiellement raffinés.

–          Troisièmement, pour cette deuxième catégorie de minerais, un dispositif de taxes à l’exportation prévoit une taxation de ces matières premières proportionnelle à leur degré de transformation.

–          Quatrièmement, pour cette catégorie de minerais exportable, aucune deadline ne prévoyant d’interdiction d’exportation n’a formellement été fixée. A titre indicatif toutefois, l’année 2017 est envisagée comme possible deadline.

–           Enfin, 60 entreprises ne seront pas assujetties à ce texte, il s’agit pour l’essentiel, en volume, de deux entreprises américaines (Freeport et Newmont) exportant pour l’essentiel du cuivre. Cette décision se justifie par l’impact social majeur qu’aurait eu leur assujettissement (15.000 emplois immédiatement menacés).

Le Ministre des finances sera en charge de la mise en œuvre de la composante fiscale du texte. Les ministres du commerce extérieur et de l’énergie et des ressources minérales seront quant à eux chargés de la mise en œuvre de la composante du texte relative à l’exportation.

Cette mesure est inattendue. Il ressortait en effet des entretiens qu’avait obtenus la délégation calédonienne qui s’était rendue en Indonésie en novembre 2013 que le gouvernement Indonésien espérait, à tout le moins, qu’un mécanisme de quotas puisse voir le jour, permettant ainsi de contenir les exportations de nickel. Jakarta a finalement tranché en faveur d’une interdiction pure et simple pour les minerais de nickel.

Il est vraisemblable que le cas très particulier de l’exportation d’Indonésie de minerais de nickel ait déterminé cette décision. A la grande différence du cuivre ou du fer, secteurs dans lesquels l’Indonésie est un producteur moyens à l’échelle mondiale, le statut de l’Indonésie de premier exportateur de nickel nécessitait que le gouvernement prenne ses responsabilités devant les conséquences inquiétantes que ses exportation massives vers la Chine commençaient à produire sur le cours du nickel et ainsi, sur la santé du secteur tout entier.

C’est en substance ce message que le Président du congrès et le Vice-président du gouvernement avaient porté devant leurs interlocuteurs à Jakarta.

Entre autres conséquences de cette décision, il faut remarquer qu’elle contribue à poser un contexte qui pourrait à terme permettre la création d’une organisation des pays exportateurs de nickel (OPEN).

A présent, malgré les conséquences économiques et sociales importantes que cette décision devrait avoir à court terme en Indonésie et misant sur l’impact bénéfique pour le développement durable de ce pays, le gouvernement Indonésien devra se donner les moyens d’assurer l’application pleine et entière de ce règlement gouvernemental.

Les prochaines élections législatives en Indonésie (le 9 avril 2014)  auront certainement une valeur de test quant à la viabilité de cette décision.

Le secteur du nickel a rapidement et positivement réagi à cette initiative. Les cours des sociétés productrices de nickel métal ont bondi (en une semaine, l’action Eramet a augmenté de 7,76 %, celle de Vale de 2,41 %).

Selon la Citibank, reprise par les Echos lundi matin, le cours de la tonne de nickel métal pourrait atteindre avant l’été les 17.000 $ (le 10 janvier le cours était à 13.680 $). Cette estimation permettrait à la valeur de ré-atteindre son niveau d’il y a un an.

Tout cela constitue donc en ce début d’année une nouvelle encourageante pour le secteur du nickel et donc pour l’économie de la Nouvelle-Calédonie.

 

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