Prochain Rendez-Vous du Congrès le Jeudi 10 avril 2014 à 18:00

Peut-on soutenir le développement sans réforme des structures de l’économie ?

La Polynésie française a connu un important développement économique dans la seconde moitié du XXe siècle. Toutefois, ce développement s’est à la fois appuyé sur des ressources publiques importantes en provenance de l’Etat et sur une manne par essence temporaire représentée par le programme nucléaire français. Ces apports financiers massifs ont masqué la réalité des possibilités et des perspectives de l’économie polynésienne et n’ont pas incité la collectivité à toute la circonspection nécessaire en matière de gouvernance économique.

Cet enrichissement rapide et la forme d’insouciance qu’il a générée, la difficulté à sortir parfois d’un carcan législatif importé (en dépit de la forte autonomie dont elle dispose) et les handicaps de compétitivité réels liés à son insularité ont conduit la Polynésie française à bâtir des structures de marché sans intégrer suffisamment la dimension de long terme des équilibres économiques. Peu à peu, il en est résulté une économie fondée sur un interventionnisme important de la puissance publique, des mesures de protection des productions et des entreprises locales, un déficit concurrentiel majeur dans la plupart de ses activités, des monopoles naturels faiblement régulés, des réglementations lourdes et pénalisantes pour les marchés et une fiscalité peu claire, à l’efficacité faible et fortement inégalitaire.

Longtemps, les effets de distorsion que l’on pouvait attendre d’une telle organisation ont pu être au moins partiellement masqués par les apports de richesse extérieurs. Mais la suppression de la manne, avec l’arrêt des essais nucléaires, et le déclenchement de la crise mondiale, dont les répercussions ont été fortes en métropole, puis à Tahiti et dans l’ensemble de l’outre-mer, ont mis à jour de manière plus évidente les dysfonctionnements réels de l’économie polynésienne. Pourtant, et malgré la multiplication des travaux menés depuis six ou sept ans en Polynésie (Etats-généraux de l’outre-mer, Rapport Bolliet, Rapports de la CTC, débats sur l’adoption d’une loi sur la concurrence et sur la réforme de la fiscalité, audit de la CRE, travaux universitaires) cette dernière peine à réformer son système économique, obérant ainsi les capacités de développement de long terme du territoire.

Les difficultés de la branche nickel infligent aujourd’hui à la Nouvelle-Calédonie un retournement de tendance qui peut la conduire, sans amélioration sensible des cours mondiaux, à des difficultés économiques proches de celles que connaît la Polynésie. Or, l’économie calédonienne présente de fortes similitudes avec celle de la Polynésie, tant sur l’organisation des marchés, la prééminence de l’intervention publique, l’utilisation de mécanismes de protection, notamment par le biais de la fiscalité. L’expérience polynésienne montre à quel point la réforme de l’ensemble des composantes imbriquées du système économique est complexe à mettre en place, tant parce qu’elle nécessite des analyses qui demandent temps et compétences que parce qu’elle se heurte à des oppositions, mues par des intérêts divers. De ce point de vue, la Nouvelle-Calédonie trouverait avantage à réformer dès que possible les aspects handicapants de son système économique, comme elle a déjà commencé à le faire dans le domaine de la concurrence.

Le congrès de la Nouvelle-Calédonie, vous invite à la conférence-débat qui abordera cette thématique le Jeudi 10 avril à 18h00 dans l’hémicycle.

Florent Venayre
Florent Venayre

Florent Venayre est maître de conférences en sciences économiques à l’Université de la Polynésie française. Spécialisé dès son doctorat en économie de la concurrence et de la réglementation, il axe aussi, depuis 2007, ses travaux de recherche sur la situation et les particularités de l’économie polynésienne, et plus généralement sur l’outre-mer français.

Membre du laboratoire Gouvernance et Développement Insulaire de l’Université de la Polynésie française et membre associé du LAMETA de l’Université Montpellier I, il a également réalisé de nombreuses consultations auprès d’entreprises métropolitaines et de multinationales dans le cadre de dossiers étudiés par les autorités de concurrence, notamment des projets de privatisation ou de concentration d’entreprises.

En décembre 2013, il a reçu pour son ouvrage La concurrence à Tahiti : une utopie ?, co-écrit avec Christian Montet et publié aux éditions Au Vent des Îles, le coup de cœur du Prix Vogel de droit économique, qui récompense les meilleurs ouvrages de droit économique (http://www.prix-vogel.com)

Plus d’informations : https://sites.google.com/site/florentvenayre/home

Ouvrage récompensé par le Prix Vogel
Ouvrage récompensé par le Prix Vogel

 

 

 

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