Thierry Santa face à la rédaction des Nouvelles

L’avenir institutionnel, la mine, la taxe générale à la consommation, les Républicains ou encore la présidence du Congrès… Thierry Santa était l’invité des Nouvelles Calédoniennes dans son édition du jeudi 7 juillet. Retrouvez ici l’intégralité de ce face à face avec la rédaction du quotidien.

 

LES RÉPUBLICAINS

« Je préfère le débat au combat »

Comment les choses se passent-elles au sein du groupe des Républicains ?

Tout va bien (sourire), même s’il y a quelques points de friction de temps en temps…

C’est tout de même un groupe composé de membres du Rassemblement auquel se sont agrégées quelques personnalités fortes qui n’ont pas toujours le même discours.

Nous essayons d’avoir des positions communes au sein du Congrès, même si l’on n’y arrive pas toujours. Les derniers exemples en date sont le projet éducatif, où les positions étaient franchement séparées, et le compte administratif contre lequel Harold Martin a voté.

Nous avons en gros deux tendances. L’une qui suit la démarche de Pierre Frogier dans le rapprochement des mouvements loyalistes et de leurs discours sur les sujets de fond. Ce qui ne veut pas dire mettre de côté nos divergences  en matière économique et sociale.

L’autre tendance est plus dure et a un peu de mal à intégrer cette démarche qui donne la priorité à la préparation de la sortie de l’Accord de Nouméa.

Ne craignez-vous pas que certaines ambitions personnelles, notamment au moment des élections législatives, ne viennent ajouter de la tension à cette situation ?

Ne soyons pas naïfs, je ne vais pas faire de la langue de bois. Il y aura forcément des appétits qui vont s’exprimer à l’approche de ces échéances, et pas seulement au sein des Républicains. Il va falloir essayer de pondérer les choses pour éviter que ça ait trop de conséquences sur la démarche de fond entamée depuis plusieurs mois entre nous et Calédonie ensemble en vue de 2018. Cette démarche commune a déjà résisté à l’épreuve difficile qu’a été la gestion du conflit des rouleurs. Il faut être conscient des choses et s’y préparer pour que ça n’ait pas trop de conséquences.

Le président de votre mouvement, Pierre Frogier, a pris de la distance, ou de la hauteur. Est-ce qu’il ne vous manque pas un leader qui s’implique dans le combat quotidien ?

Pierre Frogier prend effectivement de la hauteur et du recul, il a fait la démarche pour créer les voies du dialogue entre les uns et les autres. Cela dit, nous sommes présents dans l’arène. Mon but, à la place où je suis, est justement de retranscrire cette démarche de dialogue. Je suis convaincu que plus il y aura débat, mot que je préfère à celui de combat, mieux nous avancerons. Je sais que certains, dans notre groupe, ont plus envie de ferrailler au quotidien et dans la perspective des législatives. Je n’en fais pas partie. L’objectif, c’est 2018.

INSTITUTIONS

« Est-ce qu’on veut aller vers plus d’unité calédonienne ? »

Le fait de n’être élu que pour un an est il un avantage ou un inconvénient ?

C’est d’abord un constat. C’est un héritage de Jacques Lafleur. C’est lié au contexte de l’époque, quand l’objectif était véritablement de donner la primauté aux provinces. Au fil du temps et des transferts de compétences, ce sont le gouvernement et le Congrès qui ont pris de plus en plus d’ampleur. Mais c’est vraiment un point que l’on devra examiner lors de la préparation des futures institutions car les temps ont changé. Il va falloir se poser la question de savoir si l’on veut rester dans la répartition actuelle des responsabilités, ou est-ce qu’on veut aller vers plus d’unité calédonienne ? Veut-on donner plus de rôle à la Nouvelle-Calédonie et confier aux provinces des missions plus tournées vers l’exécution et l’administration ? C’est une question à laquelle il faudra répondre dans les deux ans qui viennent. Il y aura d’ailleurs, avec les experts, une phase de réflexion concernant la gouvernance.

Est-il de plus en plus difficile de gérer toutes les compétences dévolues à la Calédonie ?

Bien sûr, c’est un travail très lourd, tant pour le gouvernement que pour le Congrès. Prenez l’exemple du droit des assurances, transféré il y a plus de 30 ans et qui est resté figé. C’est pourtant un sujet qui a des répercussions directes sur la vie quotidienne des gens. Il faut choisir où l’on met ses moyens.

Le fait est qu’il y a déjà eu une vraie montée en compétences à la fois des élus et de leurs collaborateurs. Mais on est loin d’aboutir. Nous devons à la fois rattraper un retard et construire quelque chose de nouveau. Au Congrès, nous avons recruté trois collaborateurs de qualité pour aider les élus.

Car il ne faut pas oublier que les lois et les délibérations ne sont pas proposées que par le gouvernement. Elles peuvent l’être aussi par les membres de l’assemblée.

TAXE GÉNÉRALE À LA CONSOMMATION

« Ce n’est pas encore suffisant à mes yeux »

Vous allez bientôt animer au Congrès le débat sur la TGC et la loi compétitivité. Comment jugez-vous les textes ?

Il y a une certaine unanimité pour le texte actuel sur la TGC, contrairement aux versions précédentes. C’est celui qui l’accompagne, compétitivité et prix, qui pose problème. Tel qu’il était rédigé au départ, il était à mon avis inapplicable. Il était extrêmement dangereux pour l’économie et les entreprises calédoniennes, avec la contrainte extrêmement forte d’obliger les entreprises à appliquer le principe des marges relatives sur leurs prix. Il obligeait en fait les entreprises à appliquer le même taux de marge sur le hors taxe qu’avec l’ancien système, où il était calculé sur le prix taxes comprises. Mathématiquement, cela aboutissait à une baisse des marges pour les entreprises et elles avaient forcément du mal à l’accepter, a fortiori dans le contexte de crise économique dans lequel on est aujourd’hui.

Il y a donc eu des avancées ?

Cette disposition a été amendée de manière assez conséquente par le Conseil d’État, avec des critères qui permettent d’exclure de cette contrainte de petites entreprises. Le Conseil d’État a aussi demandé au gouvernement de formaliser plus précisément son objectif initial qui était, comme cela a été validé dans l’agenda partagé, de travailler sur les contrats de compétitivité pour réduire l’impact potentiellement inflationniste de la mise en place de la TGC.

Tout cela a été mieux pris en compte dans le dernier texte déposé au Congrès, en spécifiant bien que si les entreprises signaient un contrat de compétitivité, elles sortaient de la contrainte de l’obligation des marges relatives. Mais ce n’est pas encore suffisant à mes yeux, et cela va nécessiter quelques discussions. Mais je pense que nous sommes sur la bonne trajectoire.

MINE

« La SLN n’a été qu’une vache à lait »

La mise sous cloche de la SLN avec l’intervention de l’Etat proposée par Pierre Frogier ne s’oppose-t-elle pas au sens de l’accord de Nouméa ?

C’est une nécessité sur le plan politique. La proposition de Pierre Frogier s’inscrit dans une optique essentielle : faire en sorte que l’actuelle situation difficile de la SLN ne vienne plus polluer les discussions sur l’organisation globale du secteur de la mine en Nouvelle-Calédonie. Si cette suggestion, avec un Etat majoritaire au capital de la SLN, ne peut pas se mettre en œuvre, la solution du prêt doit intervenir le plus rapidement possible. Je n’arrive pas à percevoir l’aspect contradictoire avec l’accord de Nouméa. Il s’agit là d’une proposition transitoire.

Quel principe stratégique voyez-vous ?

Demain, il faut, à mon sens, passer d’une logique provinciale, et même « métallurgiste », à une logique territoriale qui sera la meilleure, au final, pour les métallurgistes.

Comprenez-vous les critiques vis-à-vis d’Eramet ?

Certaines décisions prises par Eramet n’ont pas été les meilleures en termes stratégiques. On parle là de la centrale électrique, de la distribution des dividendes, de Weda Bay… Eramet n’a eu qu’une réflexion « Eramet », la SLN n’a été qu’une vache à lait.

Plus globalement, êtes-vous inquiet pour les trois usines ?

Il y a une vraie crainte. Celle qui a le plus de chances, c’est la SLN. Les deux autres sont dans une situation extrêmement grave. La fin 2016, ou le début 2017, sera, à mon avis, décisive.

CONGRÈS

« Mon rôle est de faire circuler la parole »

Comment avez-vous vécu votre première année de présidence du Congrès ?

J’ai mes opinions politiques. Mais je me suis efforcé de conduire les débats de la façon la plus neutre possible. Mon but est de permettre à chaque élu, quelles que soient ses opinions, de les développer de façon à ce les autres aient le temps de les entendre. Il faut que ce soit un vrai partage d’idées. C’est comme ça que les mentalités des uns et des autres peuvent évoluer.

Cela oblige aussi à être ferme quand ça dérape.

Au cours de l’année écoulée, il y a eu un débat très difficile sur le nickel avec des incompréhensions fortes. Cela a-t-il été une déception ?

Sur le coup, oui. C’est un sujet vital pour l’avenir et j’espérais qu’on allait trouver un accord, au moins sur la notion d’urgence. Finalement, la décision a été prise avec une majorité très fine. Mais je pense que ces heures de discussions ont quand même aidé à faire bouger les choses. Puisqu’il y a eu une déclaration commune au Comité des signataires en février.

Cela n’a pas empêché la province Nord d’exercer des recours contre les autorisations d’exportation octroyées ensuite par le gouvernement.

Ça, c’est inquiétant. Le Comité des signataires est un moment sanctuarisé. Les décisions qui y sont prises le sont par consensus, et d’une façon générale, elles sont respectées.

Deux grandes résolutions ont été adoptées. L’une sur le corps électoral, l’autre sur la question minière. Pourtant, au retour, une partie de l’UC continue à contester les corps électoraux, le gouvernement peine à autoriser les exportations de minerais, et la province Nord exerce des recours en justice contre ces autorisations d’exportation. Enfin, on se retrouve avec le prêt à la SLN qui a du mal à arriver dans les caisses de l’entreprise. Il faut que les uns et les autres prennent à nouveau leurs responsabilités.

SON PARCOURS

Enfant, Thierry Santa, né à Papeete, faisait le pont entre deux cultures du Pacifique, celles de Tahiti et de la Nouvelle-Calédonie, à Thio. Une fois la maîtrise de sciences économiques et le DESS obtenus à Bordeaux, ce basketteur de deux bons mètres sous la toise devient chef du service des finances de la mairie de Nouméa de 1991 à 2000, mais son profil apparaîtra sur la place publique dans un autre costume, celui de secrétaire général de la ville du Mont-Dore, de 2000 à 2002, puis de 2004 à 2012.

L’ascension de ce militant anti-indépendantiste ayant adhéré au RPCR en 2000 et élu pour la première fois au Congrès en 2014 est spectaculaire. Une marche conséquente fut certainement montée, en 2013, avec la nomination au poste de secrétaire général du Rassemblement. Fidèle du député puis sénateur Pierre Frogier, Thierry Santa, amateur de pêche sous-marine et de natation, est élu président du Congrès en juillet 2015. Puis, une nouvelle fois, à 48 ans, jeudi dernier, avec l’ensemble des voix loyalistes.

 

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