Le mot du Président : Thierry Santa

Je suis convaincu que nous avons tous une chose en commun, quelles que soient nos convictions politiques. Nous voulons tous construire une Calédonie en paix, prospère où chacun trouve sa place économiquement, socialement et dans un environnement préservé.
Vous le savez, je suis convaincu que c’est en restant Français que nous atteindrons cet objectif. Mais je respecte la position de ceux qui pensent que l’indépendance est la solution.

« Monsieur le représentant du Haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie,
Messieurs les parlementaires,
Monsieur le président du gouvernement et les membres du gouvernement,
Mesdames et messieurs les élus provinciaux et présidents de province,
Monsieur le commandant supérieur des forces armées de Nouvelle-Calédonie,
Messieurs les présidents des aires coutumières,
Mesdames et messieurs les magistrats,
Messieurs les membres du corps préfectoral,
Monsieur le vice-recteur,
Mesdames et messieurs les élus municipaux,
Mesdames et messieurs,
Mes chers collègues,

Vous avez devant vous un nouvel élu qui n’a jamais exercé de haute fonction institutionnelle, contrairement à la plupart de mes illustres prédécesseurs que je salue.

C’est donc avec humilité que j’accède à ces fonctions, mais avec la force de mes convictions et la volonté farouche de les partager avec vous.

C’est un grand honneur que vous me faites et je tiens à remercier celles et ceux qui m’ont fait confiance.

Le comité des signataires extraordinaire du 5 juin dernier et ses conséquences lors du vote unanime au Sénat et, très dernièrement, à l’Assemblée nationale, montre que nous sommes capables de dépasser nos désaccords quand nous le voulons vraiment.

L’accord de Matignon a été « le temps de la liberté » retrouvée. Plusieurs années d’évènements ont divisé notre Calédonie en deux, tant géographiquement que politiquement. La poignée de main entre Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou suivi de l’accord de Matignon, ont permis à tous les Calédoniens de retrouver leurs libertés de se déplacer, de penser, de vivre en paix. Les blessures les plus profondes ne sont pas encore cicatrisées, mais depuis 1988 un travail de deuil a commencé et se poursuit encore aujourd’hui.

L’accord de Nouméa est « le temps de l’égalité ». Il est le symbole de la reconnaissance mutuelle, du respect réciproque et surtout, de l’acceptation de la légitimité de l’autre à vivre sur cette terre calédonienne. La levée des deux drapeaux est le prolongement de cet accord.

Il nous reste à construire la fraternité calédonienne. La liberté des uns s’arrête où commence celle des autres. L’égalité entre nous n’est pas forcément synonyme d’échanges, de partage, de mise en commun de ce que nous sommes. Or c’est bien de cela dont il s’agit, c’est bien d’ouvrir nos cœurs et nos esprits pour accueillir et accepter la différence de toutes les communautés qui composent le kaléidoscope calédonien.
Le socle de cette démarche sera très certainement la définition de la citoyenneté calédonienne.

Au sein de cette assemblée, à l’occasion des longs débats sur le projet de modification de la loi organique, nous avons eu de profonds échanges. Je vous avais alors fait part du rêve qui m’anime, le rêve qu’un jour nous ne parlerons plus du peuple premier, ni des victimes de l’Histoire, mais uniquement du peuple calédonien.

Je suis convaincu que nous avons tous une chose en commun, quelles que soient nos convictions politiques.

Nous voulons tous construire une Calédonie en paix, prospère où chacun trouve sa place économiquement, socialement et dans un environnement préservé.

Vous le savez, je suis convaincu que c’est en restant français que nous atteindrons cet objectif. Mais je respecte la position de ceux, qui pensent que l’indépendance est la solution.

Grâce à notre sens des responsabilités, le dernier comité des signataires extraordinaire a permis de trouver un accord équilibré sur le corps électoral référendaire et de lancer les discussions pour régler le problème du corps électoral provincial.

D’autres sujets importants sont encore en suspens tel que le transfert optionnel des compétences de l’article 27 de la loi organique, sur lequel un gros travail d’analyse a déjà été réalisé. Nous devrons en débattre en gardant à l’esprit la recherche permanente d’une amélioration de la vie des Calédoniens.

De même, depuis 2010, un comité stratégique « Nickel » a été créé. Il faut lui redonner le rôle qui doit être le sien, c’est-à-dire de définir la stratégie minière de toute la Nouvelle-Calédonie. Cela passe par un état des lieux exhaustif de la situation financière, économique et, en termes de gouvernance, de chacun des opérateurs miniers. Notre Calédonie dispose des ressources suffisantes pour satisfaire les besoins de chacun d’entre eux, sous réserve d’une vraie volonté de partage réciproque.

Le congrès est le lieu où tous ces sujets importants doivent être débattus car c’est dans cet hémicycle, que chaque légitimité doit s’exprimer en toute liberté pour défendre ses convictions.

Depuis le début de l’accord de Nouméa, qui aurait dû nous rapprocher, nous avons passé notre temps à nous combattre politiquement les uns et les autres, pour quel résultat ? Nous sommes maintenant à trois ans de la fin de cet accord et nous commençons à peine à trouver les voies du dialogue, en prenant en considération ce qui s’est passé au dernier comité des signataires.

Nous n’avons plus le droit de faire marche arrière. Ce nouveau départ doit maintenant se concrétiser dans les semaines et les mois à venir.

A ce titre, à l’issue du processus électoral de ce jour, j’ai l’intention de convoquer très rapidement le nouveau bureau du congrès ainsi que les chefs de groupe, afin de travailler ensemble à la préparation du prochain comité des signataires ordinaire.

Parallèlement, je lance officiellement un appel au président du gouvernement qui, je le rappelle, est l’émanation du congrès. Cher Philippe, cet apaisement que nous sentons tous aujourd’hui doit absolument se retrouver au sein de l’instance collégiale que tu présides. Outre le fonctionnement normal de nos institutions calédoniennes, c’est tout le processus en cours qui en dépend.

Je mesure le poids de la responsabilité que représente cette fonction.

Je m’engage devant vous à m’investir totalement pour l’exercer en toute impartialité dans le respect des opinions de chacun, et en étant attentif à la libre expression des idées.

Je conclurai en vous citant Mark Twain : « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait ».
Je vous remercie. »

Thierry SANTA
Président du congrès de la Nouvelle-Calédonie